Qu’est-ce que la vacuité ?

Qu’est-ce que la vacuité ?

Alexander Berzin, Ph.D. La vacuité n’est pas le néant. La vacuité ne veut pas dire que « rien n’existe, alors oublie tes problèmes car ils n’existent pas », non – la vacuité désigne l’absence totale d’impossibles façons d’exister. Nos projections imaginaires concernant la façon dont nous, les autres et les choses existons, ne correspondent pas à la réalité. Il n’y a rien du côté des choses – y compris du côté de nos problèmes – qui, de par son propre pouvoir, en fasse des problèmes. Conventionnellement, il peut s’agir de problèmes qu’il convient de régler, mais nous ne pouvons en rendre compte que du point de vue du concept et du mot « problème » tel qu’il est défini par convention.

La « vacuité » (skt. : shunyata), en anglais voidness ou plus couramment emptiness, est une des principales vues sagaces du Bouddha, qui s’est rendu compte que la plus profonde source de nos problèmes dans la vie se trouve dans notre confusion au sujet de la façon dont nous, les autres et les choses existons. Notre esprit projette sur tout cela d’impossibles façons d’exister. Ignorant que ce que nous projetons ne correspond pas à la réalité, nous nous créons des problèmes et de la souffrance par ignorance. Par exemple, si nous projetons sur nous-mêmes que nous sommes un perdant et que, quoi que nous fassions, nous ne réussirons jamais rien dans la vie, non seulement cela nous déprime, nous donnant une piètre opinion de nous-mêmes, mais en plus à cause du manque d’assurance qui en découle, il est même possible que nous abandonnions toute tentative d’amélioration de notre sort, nous résignant à une position d’infériorité.

La vacuité signifie l’absence – totale – d’une réelle façon d’exister qui corresponde à ce que nous projetons instinctivement. Nous faisons ces projections de manière compulsive à cause de notre habitude invétérée de croire que les fantasmagories de notre imagination sont la réalité. « Perdant », par exemple, n’est rien qu’un mot et un concept. Quand nous nous mettons l’étiquette du concept « perdant » et quand nous nous désignons nous-mêmes par le terme ou mot « perdant », nous devons nous rendre compte que ce ne sont là que des conventions. Il est peut-être exact que nous avons essuyé beaucoup d’échecs dans la vie, ou peut-être n’était-ce pas des échecs, mais par perfectionnisme nous avons le sentiment d’être un raté parce que nous ne nous trouvons pas assez bien. Quel que soit le cas, mis à part nos succès et nos échecs, nous avons vécu beaucoup d’autres évènements dans notre vie. Mais en nous mettant l’étiquette de « perdant » nous nous plaçons mentalement dans un tiroir intitulé « perdants » puis nous croyons exister réellement ainsi dans ce tiroir. En fait, nous imaginons qu’il y a, de façon inhérente, quelque chose en nous de différent ou de mauvais qui établit définitivement notre existence dans ce tiroir. De par son propre pouvoir, cette projection y établit ainsi notre existence indépendamment de tout ce que nous avons pu faire d’autre dans notre vie et indépendamment de l’opinion d’autrui.

Cette façon d’exister en tant que quelqu’un coincé dans ce tiroir de perdants et méritant d’y être est une fantasmagorie totale. Elle ne correspond pas à la réalité. Personne n’existe coincé dans un tiroir. Notre existence en tant que perdant est apparue de façon interdépendante, fondée sur un concept et sur un nom que nous nous sommes attribués. Le concept de « perdant » et le mot « perdant » sont purement et simplement des conventions. Ils peuvent convenir à quelqu’un, par exemple, qui perd à un jeu de cartes ; dans cette situation, conventionnellement, ce joueur est le perdant. Mais personne n’est un perdant de façon inhérente, quelqu’un à qui il est impossible de jamais gagner parce qu’il est un véritable perdant.

Quand nous nous rendons compte de la vacuité de notre existence réelle en tant que perdant, nous comprenons que ce mode d’existence n’existe pas. Une telle façon d’exister ne correspond pas à la réalité. Nous ne pouvons rendre compte de notre sentiment d’être réellement un perdant que par le concept et le mot « perdant » que nous nous sommes attribués parce que nous avons peut-être raté quelque chose de temps en temps. Mais il n’y a rien qui, de façon inhérente, soit différent ou mauvais en nous et qui, de par son propre pouvoir, fasse de nous un perdant permanent et rien d’autre. La vacuité, donc, est l’absence totale de cette façon impossible d’exister. Dans le passé, le présent et le futur, jamais personne n’a existé, n’existe et n’existera de cette façon.

Il faut acquérir une grande familiarité avec la vacuité avant de pouvoir déconstruire nos fantasmagories et cesser d’y croire. Mais si nous persévérons dans la méditation sur la vacuité et quand, par habitude, nous nous mettrons l’étiquette de perdant, nous nous rendrons compte progressivement que c’est un non-sens et nous dissiperons cette fantasmagorie. Finalement, nous arriverons même à casser cette habitude et à ne jamais plus penser à nous-mêmes en tant que perdant.

Vidéo : Guéshé Lhakdor — « Qu’est-ce que la vacuité ? »
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Résumé

Ce n’est pas parce que rien n’existe d’une façon impossible que cela signifie que rien n’existe. La vacuité réfute purement et simplement les façons d’exister qui sont impossibles, telle que l’existence inhérente auto-établie. Elle ne réfute pas l’existence de choses en tant que « ceci » ou « cela » en concordance avec les conventions des mots et des concepts.

Source : https://studybuddhism.com/fr/le-bouddhisme-tibetain/la-voie-de-l-illumination/la-vacuite-le-vide/qu-est-ce-que-la-vacuite

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